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22/08/2008

Mémé Kamizole fait le tour du "Monde" : la santé, vue du côté de l’industrie pharmaceutique, a un drôle de prix !

Dans mon collimateur : les multinationales de l’industrie pharmaceutique… On pourrait espérer qu’elles ne travaillent qu’à améliorer la santé des milliards d’êtres humains qui peuplent la planète. Ce en quoi on se tromperait lourdement (je ne dirais sûrement pas que tous les chercheurs ne visent pas cet objectif, il en est qui y consacrent leur vie entière mais malheureusement ce ne sont pas leurs travaux qui importeront le plus en règle générale, sauf quand l’opinion publique et certaines ONG se mobilisent sur certaines causes : SIDA, paludisme, maladies rares et myopathies par exemple…).

Si je critique les multinationales de l’industrie pharmaco-chimique c’est «qu’elles le valent bien» ! La santé publique n’est pas leur objectif. Elles regardent à travers un prisme déformant, celui de leurs actionnaires : «par ici l’oseille» !

Je ne peux donc que réagir à la lecture de deux articles récents du Monde qui certes, ne traitent pas du même sujet, mais ont en commun d’illustrer cette recherche effrénée du profit sans guère d’égard pour les êtres humains et leurs souffrances.

 

501839107.2.jpgLe premier article du Monde est particulièrement édifiant et constitue un véritable scandale : «49 bébés morts au cours de tests cliniques à New Delhi» http://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/08/20/49-bebes-morts-au-cours-de-tests-cliniques-a-new-delhi_1085803_3216.html

Cela s’est passé au département de pédiatrie de l’Institut des Sciences médicales de New Delhi (Inde) où depuis le 1er janvier 2006, de nouveaux médicaments mis au point par des laboratoires étrangers étaient testés sur des bébés que l’on peut sans nul doute qualifier de «cobayes» au vu du nombre de tests pratiqués : «Le département pédiatrique de l'hôpital a conduit une série de 42 tests sur 4 142 bébés, dont 2 728 âgés de moins d'un an.»

Calculette à la main, j’en avais conclu hâtivement que l’on avait procédé à 98 tests par bébé mais un aimable correspondant m’a fait remarqué qu’il s’agissait de 98 enfants par test. Mais quoiqu’il en soit, le nombre de tests par bébé doit rester proprement scandaleux par rapport aux normes occidentales.

Bien entendu, le porte-parole de l’Institut se défausse honteusement : "Dans certains cas, la mort était l'aboutissement normal au vu de l'état de santé de certains patients. Nous voulions voir si un nouveau traitement pouvait améliorer la situation"

Ce serait certainement très vrai sous nos cieux… Dans les services de pédiatrie où l’on soigne les petits cancéreux, il n’est pas rare que l’on tente des traitements de la «dernière chance» et la plupart du temps, les parents désespérés donnent bien évidemment leur accord. De même, j’ai connu une maman dont la fillette était atteinte de mucoviscidose à qui l’on avait proposé qu’elle fasse partie d’un essai thérapeutique. Elle en attendait beaucoup, espérant seulement que son enfant ne ferait pas partie du groupe recevant un seul placebo.

Il y va tout à fait différemment en Inde.

Non seulement «le ministère indien de la santé a proposé l'année dernière le vote d'un amendement autorisant les laboratoires pharmaceutiques étrangers à tester leurs médicaments sur des patients indiens, avant même que leur innocuité ne soit démontrée.» ! mais les grandes firmes pharmaceutiques ne voient qu’une chose : le coût des essais cliniques préalables à l’autorisation de mise sur le marché (AMM) lesquels représentent 50 % des frais de mise sur le marché : ils seraient en Inde inférieur de 20 à 60 % et de surcroît, du fait des compensations financières, les patients pauvres et illettrés, acceptent facilement d’être des cobayes…

D’ailleurs, l’industrie pharmaceutique ne s’en cache pas : il est envisagé que les nouvelles molécules soient testées de plus en plus en Inde : d'ici à 2010, le «marché» - c’est moi qui souligne ! - de la sous-traitance des tests cliniques dans le pays pourrait atteindre 1 milliard de dollars…

Je doute que ce soit pour mettre au point des médicaments visant à améliorer la santé dans les pays les plus pauvres : la demande n’est pas solvable !

Il faut beaucoup de cynisme pour admettre un tel procédé et malheureusement, à la lecture des commentaires de l’article, je m’aperçois que certains lecteurs n’en manquent pas : ces essais sont bien utiles puisque nous utiliserons ensuite les médicaments ainsi testés, d’autres ajoutant que finalement, 64 décès en 32 mois, ce n’est pas une moyenne extraordinaire dans un pays où règne une forte mortalité infantile.

Raisonner de pareille façon me paraît relever d’un «SIDA moral», maladie opportuniste de l’individualisme forcené promu par l’idéologie ultra-libérale. Comment peut-on considérer que la vie des autres n’a pas la même valeur que la nôtre parce qu’ils vivent à des milliers de kilomètres et sont pauvres ?

 

863202081.jpgLe second article du Monde traite d’un sujet qui, s’il vise la clientèle des pays riches, n’en constitue pas moins une illustration du peu de cas fait par l’industrie pharmaceutique de la santé des personnes qu’elle prétend soigner.

Le problèmes n’est pas nouveau, j’avais d’ailleurs commis deux articles sur Lait d’beu : en juillet 2006 http://kamizole.blog.lemonde.fr/2006/07/03/2006_07_lobsite_vatelle/ et en janvier 2007 http://kamizole.blog.lemonde.fr/2007/01/03/rimonabantacomplia-nouveau-remede-miracle/.

D’où ma surprise de voir en consultant les statistiques de fréquentation, que ces notes étaient à nouveau consultées, ce qui est un signe infaillible que de nouveaux développement se sont produits.

C’est donc sans étonnement que j’ai lu nouvel article du Monde  http://abonnes.lemonde.fr/aujourd-hui/article/2008/08/19/acomplia-prescription-sous-haut-controle_1085453_3238.html#xtor=EPR-32280155&ens_id=628868

 

Acomplia n’a pas été autorisé aux Etats-Unis. En revanche, l’Union européenne et l’Agence européenne du médicament (EAMA) organisme chargé de donner l’autorisation de mise sur le marché (AMM) ne se sont pas embarrassés du principe de précaution, bien dangereux gêneur dans la course aux profits… Il faut dire qu’à Bruxelles les lobbies sont très présents, puissants et d’une redoutable efficacité !

Pour résumer, Acomplia (rimonabant pour le nom de la molécule) est un médicament censé diminuer la surcharge pondérale des obèses, marché porteur aux Etats-Unis et, depuis quelques temps en Europe : la malbouffe de l’agro-alimentaire et les Mac Do’ y pourvoient…

Or, pour faire court, il agit - en les inhibant - sur les récepteurs cannabinoïdes (sur lesquels se fixe le principe actif du cannabis) du système nerveux et de certaines graisses du corps.

J’étais fort réticente car il me semblait dangereux d’agir sur de telles zones.

De fait, l’étude la plus récente de l’Afssaps et des centres de pharmacovigilance ont démontré (l’étude a porté sur 60 000 patients) la survenue de dépressions parfois graves avec tendances suicidaires (ce qui est fréquent).

A la fin mars 2008, ils recensaient «1148 cas d’effets indésirables signalés dont 988 médicalement confirmés, et parmi ceux-ci, 250 cas graves». La survenue du syndrome dépressif surviendrait pour la moitié des cas pendant le premier mois de traitement et dans 80 % des cas, lors des 3 premiers mois. Certains patients avaient des antécédents ou étaient sous antidépresseurs. Mais les responsables d’Aventis soulignent que des troubles peuvent survenir chez des patients n’ayant aucun antécédent (preuve évidente de l’implication du rimonabant !).

Toujours est-il qu’ils préconisent une vigilance accrue des médecins prescripteurs et l’arrêt du traitement en cas d’apparition d’une dépression… C’est bien le moins !

Ils avaient sans doute pensé avoir découvert la molécule miracle : le «blockbuster» - (en anglais, littéralement «qui fait exploser le quartier» et s’appliquait à l’origine aux pièces de théâtre remportant un si grand succès qu’elle ruine les théâtres voisins). Dans le jargon de l’industrie pharmaceutique, c’est un médicament qui génère plus d’un milliard de dollars par an…

Mais interdite aux Etats-Unis et sous haute surveillance en Europe… ça risque de ne pas le faire !

 

 

 
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