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19/05/2009

Le Club Med se prendra-t-il les pieds dans le Tapie ?

BERNARD TAPIE FLAMBEUR FLAMBOYANT.jpgOn le disait ruiné mais il a été bien renfloué grâce à un opportun «renvoi d’ascenseur» pour avoir appelé à voter Sarkozy en 2007… Preuve s’il en est : ne parle-t-il pas de mettre «sa fortune» au service du Club Med en déconfiture ? Pour mémoire, il devait également investir ce qu’il fallait dans le capital de l’Olympique de Marseille avec toutes les conséquences que ce club a connu ensuite, y compris la fameuse affaire «Valenciennes-OM» sur fond de trucage de match pour laquelle il sera condamné à 8 mois de prison ferme et qui vaudra au club une rétrogradation en D2.

 

Sans oublier la déconfiture générale des sociétés de Bernard Tapie, sur fond de démêlés avec le Crédit Lyonnais… Il avait écopé également l’interdiction de gérer une société. Il doit donc avoir fini de purger cette peine complémentaire.

 

Un drôle de zigoto, le « Nanard» ! Il aura tout fait : de chanteur dans les années 60 – j’ai vu des images il y a quelques années : nul à chier ! – à acteur de cinoche et de théâtre pendant sa période post-carcérale et animateur de télévision, en passant par homme d’affaires et homme politique comme ministre de la Ville de François Mitterrand, député des Bouches-du-Rhône, conseiller régional de la région PACA et parlementaire européen… Je ne saurais dire si ses collègues de Strasbourg l’y auront beaucoup vu !

 

Mais c’est bien entendu en tant qu’homme d’affaires qu’il nous intéresse aujourd’hui… Pour l’ensemble de son œuvre – malversations comprises ! Si j’étais actionnaire du Club Med, soit je refuserais qu’il entre dans le capital, soit je revendrais immédiatement mes parts.

 

Que Bernard Tapie ait du bagout et sache vendre tout et n’importe quoi relève de la plus parfaite évidence ! Selon sa fiche sur Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Tapie#Entrepreneur, il aurait commencé par vendre des voitures et des postes de télévision dans les années 60. En 1967, il a fait assez d’affaires pour devenir propriétaire du magasin de téléviseurs et 10 ans plus tard se lance dans «l’achat, la remise sur pieds et la revente d’entreprises en difficulté».

 

Il sera notamment conseillé par un jeune avocat d’affaires – Jean-Louis Borloo - qui avait compris tout le parti qui pouvait être tiré de la loi sur les faillites et s’était spécialisé dans la reprise des entreprises en difficulté, avais-je lu il y a déjà un certain temps dans Le Monde.

Pour la stratégie développée par Bernard Tapie pour les diverses entreprises qu’il a acquises, je vous conseille le journal du net- économie http://www.journaldunet.com/economie/magazine/enquete/les... Vous y apprendrez aussi ce qu’elles sont devenues : ce n’est guère brillant pour la plupart, tout du moins en ce qui concerne l’industrie et le commerce français…

 

Bernard Tapie a su exploiter au mieux les dispositions de l’ancienne loi sur les faillites : il rachetait à bas prix les créances des entreprises qu’il avait reprises, devenant ainsi son propre créancier, se les faisant ensuite rembourser par l’entreprise.

 

C’est la tactique du LBO avant l’heure, qu’il sut également utiliser par la suite, laquelle consiste à acquérir une société grâce à un financement bancaire important – en ce qui concerne Bernard Tapie, ce fut le Crédit Lyonnais ou ses filiales – et un faible apport personnel, l’objectif étant de remettre l’entreprise à flot le plus rapidement possible – avec des méthodes d’autant plus drastiques qu’elle supporte le remboursement du crédit ! – avant de la revendre avec une confortable plus-value.

 

Dans le premier cas de figure, «l’effet de levier» provient non du crédit mais de la faiblesse du prix d’acquisition, bradé pour les entreprises en déconfiture : parfois un franc symbolique comme pour Terraillon.

 

Bernard Tapie l’inaugura avec une petite imprimerie de l’Eure – Diguet-Denis – qu’il revendit avec une substantielle plus-value, deux ans plus tard. L’entreprise qui végétait depuis plusieurs années serait aujourd’hui en faillite.

 

Avec Manufrance, en perte de vitesse – la production n’a pas été délocalisée, contrairement à la concurrence – il réalise son premier «gros coup» en la reprenant en 1979 alors qu’elle est en règlement judiciaire… Il n’avait d’ailleurs pas lésiné sur la «communication» : j’avais vu à la télé un reportage où il arborait et faisait arborer à toute sa famille des T. shirts ornés un grand «Manufrance» ou d’un slogan que j’ai oublié… 

 

Je me souviens très bien l’avoir entendu à cette occasion prétendre qu’il mettrait toutes ses forces dans le succès de l’entreprise. Tout à fait comme si c’était l’affaire de toute sa vie.

 

Je ne saurais en revanche vous dire si c’était avant ou après qu’il ait obtenu du tribunal l’exploitation de la «Société nouvelle Manufrance»… Les juges eurent toutefois le nez assez creux pour ne pas lui céder les actifs de la société : elle eût été dépecée ou revendue comme les autres acquisitions de Bernard Tapie…

 

En 1980, Bernard Tapie achète «La Vie Claire» prospère enseigne de produits diététiques et biologiques – elle pouvait l’être : mes copines orléanaises ne l’appelaient jamais que «La Vie Chère» ! – qui réalisait alors 200 millions de francs de chiffre d’affaires dans 250 magasins… 16 ans plus tard, son chiffre d’affaires – il n’y avait plus que 120 magasins – avait fondu : 70 millions de francs. La Vie Claire était le sponsor de l’équipe cycliste - où couraient Bernard Hinaut et Greg Lemond - laquelle n’a pas vraiment servi de «locomotive» à l’enseigne !

 

Et peut-être englouti des fonds en pure perte ? Toujours est-il qu’après avoir essayé sans succès de revendre l’entreprise par deux fois, celle-ci fut reprise par le CDR (consortium chargé de revendre les actifs pourris du Crédit Lyonnais) et vendue pour 10 millions de francs à Distriborg. Le nouveau patron déclarant quelques mois plus tard que «Bernard Tapie avait laissé une situation pourrie» !… Ah ! bon ?

 

En 1981 Bernard Tapie achète – pour un franc symbolique - Terraillon, spécialiste bien connu des instruments de pesage, dont aujourd’hui il ne reste plus en France que le siège social de Chatou. L’entreprise a enregistré de faramineuses pertes – 293 millions de francs de 1990 à 1995 – avant d’être revendue 33 millions de francs en 1999 par le CDR.

 

Grâce à des investissements publicitaires et industriels – pourquoi le génial manager Tapie ne les a-t-il pas faits ? - Terraillon renouera suffisamment avec les profits pour être revendu 125 millions de francs deux ans plus tard !

 

Quant à Testut, autre fabriquant d’instrument de pesage – la maison avait été créée en 1920 ! – que Bernard Tapie acquiert en 1983, la société a été d’abord transférée en 1995 au CDR avant d’être vendue en 1999 à un consortium américano-suisse, leader mondial du pesage qui la met en liquidation judiciaire en 2003, selon la fiche Testut http://fr.wikipedia.org/wiki/Testut  sur Wikipedia…

 

Mais ce n’est pas tout ! Il faut lire également l’intéressante fiche de Wikipedia consacrée à «l’Affaire Testut» http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Testut...  et les nombreuses malversations dont s’est rendu coupable Bernard Tapie sur le dos de l’entreprise… et pour lesquelles il a été condamné en 1996 pour «abus de biens sociaux» à deux ans de prison avec sursis assortis de 5 ans d’interdiction de gérer…

 

Le sort de Look est toutefois meilleur. Il rachète en 1983 l’entreprise – spécialisée dans les fixations de skis – pour un franc symbolique. Il étend l’activité de l’entreprise en créant la fabrication de pédales automatiques pour les vélos qui fut d’autant plus un franc succès que Bernard Hinaut gagna le Tour de France avec ce nouveau matériel.

 

En 1998, Bernard Tapie réalise un gros coup en revendant LooK pour 260 millions de francs. Si depuis, Look a connu des difficultés, je ne pense pas que l’on puisse les lui imputer. Elle tiennent sans doute plus à la concurrence féroce sur fond de délocalisations. Je ne saurais dire toutefois si le repreneur de l’époque a financé l’acquisition par le truchement du LBO qui ne peut que fragiliser la prospérité d’une entreprise en ponctionnant une partie non négligeable du chiffre d’affaires pour rembourser la dette.

 

Le moins que l’on puisse dire est que l’entreprise belge qui fabriquait les raquettes de tennis «Donnay» - popularisées par Björn Borg – n’a pas profité de «l’effet Tapie» ! En 1998 l’entreprise en faillite est reprise par un actionnariat plutôt improbable : Bernard Tapie pour 51 %, la région de Wallonie 29 % et l’homme d’affaires belge Albert Frère, 20 %…

 

En 1991, Bernard Tapie cède ses parts pour 100 millions de francs pour financer l’acquisition de d’Adidas.  Revendue par la région wallone, l’entreprise périclite et la production est stoppée.

 

Bernard Tapie met le paquet pour acquérir Adidas«l’affaire de sa vie» ! Il vend toutes ses participations et contracte un emprunt énorme pour financer l’acquisition du géant allemand : 1,6 milliard de francs.

 

 

Bernard Tapie aura beau utiliser toutes les ficelles de l’ultralibéralisme : généraliser la sous-traitance et les délocalisations, licencier à tours de bras, il doit faire face en 1992 à une énorme perte cumulée – 500 millions… Il est obligé de vendre Adidas qui est repris par son créancier – le Crédit Lyonnais – qui la revend à Robert-Louis Dreyfus, lequel deviendra également par la suite Président de l’Olympique de Marseille en remplacement de Bernard Tapie.

 

C’est à la suite de cette transaction pour laquelle Bernard Tapie estimait avoir été floué par le Crédit Lyonnais qu’il obtint l’an dernier un substantiel dédommagement à la suite de la décision d’un jugement arbitral. Pratique au demeurant courante en matière de droit des affaires.

 

Je ne me prononcerais pas sur la légalité et la pertinence de cette décision, ne sachant pas sur quelles bases elle a été fondée. Mais qu’elle ait été largement critiquée ne fait aucun doute. Beaucoup y ont vu la «patte» de Nicolas Sarkozy qui, selon eux, en échange de son soutien à l’élection présidentielle lui aurait promis de l’aider à sortir de ses démêlés avec le Crédit Lyonnais et le CDR.

 

Toujours est-il que la somme empochée à cette occasion a permis à Bernard Tapie de régler tous ses créanciers et de revenir sur le devant de la scène des affaires.

 

Entre temps, Bernard Tapie avait acquis en 1984 les piles Wonder, entreprise totalement en perte de vitesse, faute d’avoir anticipé le boom des piles alcalines… Contrairement à leur pub connue «les piles Wonder ne s’usent que si l’on s’en sert» elles devaient s’user tellement plus vite que les alcalines que les consommateurs - à moins d’être complètement maso – n’avaient aucune raison de les acheter.

 

Bernard Tapie aura beau dans une premier temps fermer 4 usines et licencier 600 salariés avant de s’associer avec Francis Bouygues pour racheter SAFT-Mazda – qui deviendra un leader européen de la pile qu’il revendra en 1988.

 

Quant aux piles Wonder, elles ont totalement disparu en France et ne sont plus vendues qu’à quelques milliers d’exemplaires en Afrique noire.

 

Or donc, aujourd’hui Bernard Tapie se targue de reprendre le Club Med et cela fait beaucoup de bruit dans le tout Landerneau de la politique et du monde des affaires. Il bénéficierait dit-il de l’appui d’actionnaires et de 3 ou 4 «fonds» amis selon ce que je lis sur Le Monde. Raison supplémentaire de fuir à toutes jambes quand on connaît l’extrême rapacité des fonds d’investissement ! Le malade – Club Med – pourrait bien «mourir guéri» !

 

Bernard Tapie déclare par ailleurs n’avoir pas l’intention de lancer une OPA sur le Club Med, sa participation devant rester minoritaire. Mais celle des fonds ? On connaît leur stratégie : ils glissent un pied dans la porte et ensuite, impossible de la refermer ! C’est tout le corps qui y passe.

 

Par ailleurs, cette affaire pourrait se doubler d’un petit – ou grand ? – scandale : L’AMF vient en effet d’ouvrir une enquête sur les mouvements spéculatifs sur le titre qui ont eu lieu fin avril et Bernard Tapie affirme que «ceux qui ont informé les médias de mon intérêt pour l’affaire dans le seul but de faire augmenter les cours et de rendre mon intérêt au capital plus difficile»

 

Il resterait à démontrer qu’il y a eu «délit d’initié» en sachant qui a acheté plus ou moins massivement des actions et sur la foi de quels renseignements. Soit une personne au courant de l’opération projetée mais destinée à rester secrète le temps des pourparlers, soit d’autres personnes qu’elle aurait fait bénéficier du renseignement.

 

Le spéculateur qui acquiert des actions en subodorant que leur cours sera à la hausse, à partir de son seul «flair» ou d’informations publiques ne tombe pas sous le coup de la loi.

 

Mais s’agissant d’une information destinée à la presse, il est nettement plus difficile de démasquer le coupable car – en principe – les journalistes ne sont pas tenus de dévoiler leurs sources : je dis bien en principe car ces dernières années, plusieurs perquisitions ont eu lieu dans certains journaux et les ordinateurs saisis, en contradiction flagrante avec le principe du respect de l’anonymat des sources.

 

Enfin, il conteste aussi l’augmentation de capital décidée dernièrement par le Club Med – retour de la Caisse des Dépôts, son actionnaire historique et entrée du Crédit Agricole, sa banque depuis 10 ans. «Combine» destinée à l’écarter selon lui et «pansement sur une jambe de bois» qui «le pousserait à anticiper le délai de réflexion qu’il avait fixé fin juin». A mon avis et selon ce que j'ai lu il attendrait plutôt de connaître le taux de réservation pour cet été...

 

Quant à la relance de l’activité, Bernard Tapie aurait un plan «génial» pour relancer le club Med : proposer des séjours aux familles «recomposées» : la première période avec la maman, la seconde avec le papa. L’idée n’est sans doute pas mauvaise mais sera-ce suffisant en temps de grave crise sociale ? La clientèle du club Med, pour relativement aisée qu’elle soit, risque d’en pâtir également et pourra préférer des vacances moins dispendieuses.

 

SOURCES

 

20 minutes – E24

La méthode Tapie

http://www.e24.fr/entreprises/tourisme/article88575.ece/L...

Tapie renoncera au Club Med "si la situation est conflictuelle"

http://www.e24.fr/entreprises/tourisme/article88469.ece/T...

Le Figaro

Le Club Med toujours sous la menace de Bernard Tapie

http://www.lefigaro.fr/societes/2009/05/11/04015-20090511...

Le Monde

Club Med : Tapie affirme avoir le soutien de plusieurs actionnaires

http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2009/05/09/clu...

Bernard Tapie assure ne pas vouloir lancer d'OPA sur le Club Med

http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2009/05/11/ber...

Libération

Il veut racheter le Club Med

http://www.liberation.fr/economie/0101566420-il-veut-rach...

 

Bernard Tapie s’imagine encore gentil organisateur

http://www.liberation.fr/economie/0101566505-bernard-tapi...? xtor=EPR-450206

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